Je me hais
Je me hais. C'est le constat auquel je suis parvenue en voyant mon image se refléter dans le miroir. De rage j'ai projeté mon poing dans cette image tentant d'effacer la créature méprisable que j'y voyais. Loin d'en éprouver du soulagement, je me suis sentie honteuse.
Les éclats de verre continuaient de refléter mon image, comme autant de reproche. Et le miroir était à l'instar de ma vie: brisé, irrémédiablement brisé. A genoux parmis les débris, j'ai tenté de recoller les morceaux en vain. Et puis des hauts le coeur irréprésibles m'ont saisis, j'ai vomis le vin que je n'avais pas cuvé, j'ai vomi ma vie gâchée.
Et c'est à moitié à poil dans un bouge infâme, le nez plein de morve, les mains écorchées, pataugeant dans mon vomi que je me suis mise à pleurer enfin...
C'est seulement à ce moment que j'ai compris que je ne pourrais plus revenir en arrière, que je n'aurais rien put faire pour sauver Gyalles. Et le déclic c'est fait, j'ai compris pourquoi j'étais tellement en colère, pourquoi j'en voulais à la terre entière et surtout à moi-même, pourquoi j'essayais de fuire, de me fuire en me vautrant dans la fange, me noyant dans l'alcool, allant de lit en lit, écartant les cuisses pour tous ceux qui voulaient de moi. Pour ne pas me retrouver seule, pour ne pas revenir dormir ici, dans cette maison trop pleine de lui.
Je ne lui ai jamais dit, jamais, ce que je ressentais. Je ne lui ai jamais dit que je l'aimais. Et maintenant il est trop tard pour le lui dire. Je n'ai jamais su exprimer mes sentiments par fierté, pour me protéger, et maintenant je le regrettes. Si j'avais su j'aurais agis autrement, j'aurais tout fait pour le conquérir, vivre même peu de temps un amour qui me sera à présent à tout jamais intredit.
Mais j'étais trop fière. Déjà le jour ou nous nous sommes rencontrés, il m'en a fait la réflexion. Je m'en souviens encore. Je venais juste d'être admise au sein de la Guilde des Voleurs de Rêve. Dans les faits nous sommes tous égaux, mais les enfants sont cruels. Ils se connaissaient déjà tous, ils avaient une famille, ils étaient nés en Argentorate.
Moi j'arrivais comme une chienne dans un jeu de quille. J'étais orpheline. Et pire, tous savaient mon histoire. Mon tuteur avait crût bien faire. Il m'avait stigmatisé. Pour eux j'étais l'étrangère, la bohémienne, dont les parents étaient morts tués par d'autres étrangers. Surement pour des choses méprisables soulignaient mes tortionnaires.
Et puis j'avais la faveur des adultes, j'étais douées, trop douée aux regards des autres enfants. Plus tard, j'eu parmis eux de amis. Mais dans les premiers temps j'étais seule. Et par fierté, pour me protéger je me suis murée dans ma solitude.
Jusqu'au jour ou Gyalles a débarqué dans ma vie. C'était durant le cours d'escrime. J'ignorais qui il étais, et pourquoi il se joignait à nous, je ne l'ai jamais su, mais là n'est pas l'essentiel.
Un duel m'opposa à lui. Sarah l'accompagnait. Il me vainquit. Il était déjà si fort à l'époque. Je me croyais forte: mais j'étais à terre ou je restais pleine de rage de ma défaite. Je ne pouvais pas me permettre de montrer la moindre faiblesse, alors il fallait que je sois la meuilleure. Déjà je croyais entendre les quolibets qui à l'époque sanctionnaient la moindre de mes défaillances.
Au lieu de cela c'est une main tendue que je trouvais. Hésitante, méfiante, je la rejettais avec brusquerie. J'étais déjà si fière à l'époque. Il se contenta de sourire. "La prochaine fois, peut-être." Sarah, lui lança, juste assez fort pour que je l'entende: "je suis contente que tu ai trouvé un adversaire à ta mesure." La semaine suivante, il me provoqua à nouveau en duel. Un fois de plus, il me battit, et me retendit la main.
Cette fois-ci je la pris. Elle était si chaude, si chaleureuse.... La Guilde m'avait offert un toit, un métier, mais lui m'avait offert son amitié, et un peu plus... Avec Sarah, ils ont formé ma famille, et il aurait pu être tellement plus si je n'avais pas été aussi fière. Si je lui avait dit que je l'aimais....