La mort d'un héros
Nous sommes partis dès que nous avons appris la nouvelle. La peur au ventre pour ceux que nous aimions, la conscience aigus du danger qui nous menaçait. Nous avons chevauché à bride abbattus, sans ménager nos forces, avec juste la pensée obsédante de ceux qui gardaient nos frontières, qui luttaient pour endiguer le flot maléfique prêt à s'abattre sur nos têtes.
Puis nous avons vu le portail qui brillait au loin d'une lueur malsaine. Seuls les Dragons du Rêve savent sur quel maléfique univers s'ouvraient cette plaie béant dans la trame d'Argentorate. Ensuite nous avons entendus les hurlements féroces des Molosses de la nuit. L'odeur du sang mélangé à celles putrides de leurs haleine soulevait le coeur. Du regard fébrile, je cherchais la silhouette de mon bien-aimé.
Je le vis au loin au prise avec une bête féroce. Une créature dont la seule vue me glaçait d'effroi, à moi qui ai traversé mainte et mainte terres peuplés de créatures monstrueuses. Je n'ai pas honte de le dire: le découragement me gagna à cet instant. Mais je ne pouvais pas reculer.
Dégainant mon épée, je me jettais dans la bataille tentant désespérément de le rejoindre. Autour de moi d'autres combattaient. Comme moi je savais que la peur les étreignaient. Mais il nous fallait combattre, alors je frappais encore et encore, sentant le sang poisser mon bras, inonder mon corps.
Il y avait les Molosses et d'autres créatures tout aussi répugnante pour nous combattre. Mais moi je ne voyais que le Molosse qu'affrontait Gyalles. Au point de me laisser distraire. Une flèche siffla à mon oreille. Sarah venait de me sauver la vie. Je pestais lui criant de reprendre le rituel. Je rageais contre ma propre inconscience. Il fallait d'abord que je sauve ma vie, si je voulais sauver Gyalles. Et Sarah avait autre chose à faire que de combattre. Il fallait qu'elle referme le portail afin d'endiguer le flot de créatures.
Notre insignifiant troupe ne pouvait vaincre contre une armée sans cesse renouvellée. Le combat me sembla durer de heures, peut être cela le fut-il réellement. Je levais mon épée, tranchant, coupant, me transformant en machine à tuer. Il ne pouvait y avoir de sentiment dans une tel bataille.
Et puis soudain ce fut le silence. Plus personne autour de moi. Nous avions gagné. Le portail était refermé. Je cherchais Gyalles du regard. Sarah se tenait déjà à ses cotés. Mais quelque chose dans leurs postures m'inquiétait. Patageant dans une boue faite de terre et de sang, je m'avançais vers eux, indifférante aux corps jonchants le sol.
Sarah. Elle se tailladait le poignet. Si désespérément. Comme si elle pouvait encore faire quelque chose. Mais savais déjà la vacuité de ces efforts. Je la pris dans mes bras, sans rien dire. Elle ne bougea plus, juste un spasme nerveux qui lui secouait les épaules. Je regardais Gyalles. Sa bouche était maculée de sang. Le sang de Sarah. Mais il ne bougeait pas. Tirant un mouchoir, je pansais la blessure de Sarah. Cela ne servait à rien. Sarah ne peut pas ressusciter les morts. Pas dans ce monde-ci.
J'ai confié Sarah au Gardien. Il est devenu très pâle en voyant sa blessure. Il craint la colère d'Argentorate. Il sait que Sarah n'aurait jamais dût être là. Elle ne serait d'ailleurs jamais venu si Gyalles n'avait pas été en danger. Argentorate avait d'ailleurs tenté de l'empêcher de sortir de son enceinte. Mais nos cheavaux ailés filaient comme le vent, pas assez vite cependant. Finalement Srah sera venu pour rien. Le Gardien aurait pu refermer le portail seul. Avec plus de difficulté, mais il aurait pu le faire. La présence de Sarah aura sauvé quelques vies. Même si Gyalles est mort.
Puis avec les autres soldats nous nous sommes occupés des blessés et des morts. Le convoie qui revint lentement vers Argentorate était morosse. Tous nous étions plongé dans nos pensées. Nous avions perdus beaucoup d'hommes, et surtout un être d'exception. Sarah n'arrêtais pas de pleurer, en se reprochant la mort de Gyalles. Si elle était arrivée plutôt, si elle avait pu utiliser ses pouvoirs. Si... Elle répétait qu'elle était désolée, mais ce n'est pas sa faute, ni la mienne.
Je l'ai prise sur mon cheval, elle est si frêle, avec son allure d'éternelle enfant. Je sentais ses larmes tièdes sur ma poitrine, comme un baume sur mon corps. Moi je n'ai pas de larmes, juste ce vide étrange au fond du coeur.